Interview de B. Pape Thoma

Comment parler de la diversité aux enfants? Il faut leur parler de tomates n’est ce pas “Brigitte”? Interview de celle qui a écrit ce livre pour enfants qui leur parlent de diversité.

1. Bonjour Brigit, est ce que vous pouvez vous présenter?

Je suis Birgit Pape-Thoma, née à Hambourg, une belle ville portuaire dans le nord d’Allemagne. Comme les Français ont du mal à prononcer le nom Birgit, en France, je m’appelle Brigitte. Les Africains en général n’ont pas de problème avec mon nom, donc vous pouvez m’appeler comme vous voulez ! Je suis journaliste, conseillère en communication et Public Relations. J’ai déjà fait un peu de tout dans le journalisme : presse écrite, beaucoup de radio et un tout petit peu de la télé. Mes sujets sont assez divers, je couvre ce qui me plait. Et depuis peu, j’ai entamé le domaine de l’écriture pour enfants. « Ti Jojo au Pays des tomates multicolores » est mon premier album en langue française. En Allemagne, j’avais déjà publié un guide de bibliothèques pour enfants dont le héros est un kangourou illustré par Paul Maar qui est un auteur et illustrateur allemand très connu.

2. Est ce que vous pouvez nous présenter de TI Jojo?

Ti Jojo est un petit garçon tomate. Il habite au Pays des tomates rouge où toutes les tomates sont rouges. Sauf Ti Jojo. Ti Jojo est jaune ! Ne me demandez pas comment c’est possible car ses parents sont rouges aussi. Mais des fois, la nature fait des cabrioles, n’est ce pas ? En tout cas, vous pouvez imaginer que la vie de notre Ti Jojo n’est pas facile : les autres enfants tomates sont assez méchants avec lui, ils ne veulent jamais jouer avec lui, Ti Jojo subit des brimades, bref, la vie est difficile pour lui. Et il ne lui suffit pas que sa maman le console en lui disant que sa couleur jaune est superbe et que ses géniteurs l’aiment. Un jour, il s’en va. Et avec l’aide d’un chat prénommé Grigri, il arrive au Pays des tomates multicolores. Là, c’est génial : il y a des tomates de toutes les couleurs, de toutes les formes et de toutes les tailles. Ses nouveaux copains et copines l’accompagnent au retour chez les rouges. Je ne veux pas tout raconter, mais la fin est positive ! Bref, il s’agit d’une histoire qui traite de la diversité, la tolérance, les discriminations des minorités. D’ailleurs, Ti Jojo doit son nom à sa belle couleur jaune. Car Jojo sonne comme jaune-jaune. Et Le diminutif « Ti » m’est venu automatiquement dans l’esprit car j’ai beaucoup d’amis antillais et haitiens et comme je travaille souvent sur la littérature antillaise. D’ailleurs, pour les adultes initiés, il y a des points amusants dans l’histoire. Par exemple, quelques amis multicolores de Ti Jojo portent des noms des vraies variétés de tomates. Et le nom du chat gris et blanc est écrit comme le grigri africain. « Ti Jojo au Pays des tomates multicolores » est un album qui est superbement illustré par Yannick ROBERT, un illustrateur toulousain. Yannick a su exprimer avec ses images ce que je voulais dire avec mes mots. La collaboration avec lui m’a fait beaucoup de plaisir et je suis heureuse de retravailler avec lui sur d’autres épisodes de Ti Jojo que j’envisage.

3. Est ce que vous ne surfez par sur l’élection de Barack Obama pour parler d’un sujet à la mode?

C’est une question intéressante ! Effectivement, les questions autour de la diversité sont vraiment en vogue actuellement. Mais figurez vous, j’ai conçu une première version de l’histoire de Ti Jojo en 2004 déjà ! En fait, j’ai conçu l’histoire pour Naima, une petite fille qui n’avait même pas encore 3 ans à l’époque. Naima n’a que des oncles et donc que des tontons. Elle voulait avoir une tata et elle m’a choisi. Elle me disait que c’est facile d’être sa tatie, il fallait uniquement lui raconter des histoires. Donc, je me suis dit qu’il faut écrire une petite histoire spécialement pour elle. A l’époque, mon mari avait beaucoup de plants de tomates au jardin, une trentaine de différentes variétés, les tomates, jaunes, noires, grosses et petites. Bref, tous les amis multicolores de Ti Jojo sont des tomates du jardin de mon mari, le Pays des tomates multicolores. Bref, ce sont ces tomates qui m’ont inspiré ! Et comme Naima voulait un chat dans l’histoire et un méchant pour pouvoir dire « vas-t-en, méchant ! », j’ai tricoté ce petit conte. Certes, j’aurais pu écrire aussi une autre histoire autour des tomates. Mais là, je pense que le fait d’être en contact permanent avec des peuples et cultures noires, africaines et antillaises, m’a certainement influencé. Combien de mes amis m’ont dit être victimes du racisme ou des discriminations ! Pas étonnant alors que l’idée d’une tomate différente des autres me soit venue dans l’esprit. D’ailleurs, au début, je voulais prendre des tomates de mon mari sur photo et les animer. Mais je n’ai pas beaucoup de patience. J’ai préféré de chercher un illustrateur ! Avec le temps, l’histoire a muri et j’ai ajouté des éléments. Puis, un ami auquel j’ai raconté l’histoire, me disait « Tiens, c’est un joli conte, tu devrais le faire éditer ». C’est ce que j’ai fait. Je suis rentré en contact avec les Editions Monde Global. Le slogan de cette maison d’édition m’a plu : « La culture humaine et le savoir n’ont plus de frontières dans notre monde global », et je me suis dit que Ti Jojo et moi rentreront bien dans cette ligne éditoriale. En plus, j’avais pris contact avec l’ASCE, l’agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances qui a soutenu le projet. Tout ca a pris beaucoup de temps de la première idée jusqu’au livre imprimé. Mais ce n’est pas grave, je pense que vous avez parfaitement raison : maintenant, le temps est mur pour une histoire pour enfants sur la diversité. Il y a quelques années, les gens n’étaient pas encore prêts. L’effet Obama ? Peut-être. En tout cas, je suis heureuse que les sujets autour de la diversité soient d’actualité. Pas uniquement pour mon livre, non, je pense qu’il est temps d’en parler !

4. Pourquoi parler de diversité aux enfants?

Les enfants ne sont pas automatiquement racistes. Ils le deviennent si les adultes les influencent dans ce sens. Donc, il me semble très important de « conditionner » les petits dans un autre sens, dans le sens de la tolérance et dans l’esprit de la diversité. Et quand je parle de diversité, je le fait dans le sens que j’ai appris par les Américains. Il y a quinze ans, j’ai donné des cours en médiatraining à des différents groupes de FORD Motorcompany en Allemagne. Chez FORD, la diversité, the diversity, est très importante : chaque employé a le droit de revendiquer et valoriser sa culture, sa couleur de peau, sa religion, son orientation sexuelle et son sexe. Par exemple, j’ai donné des cours de médiatraining pour GLOBE, un groupe des homosexuels de chez FORD (gay , lesbian or bisexuel employées). Parce que personne ne doit être discriminé juste parce qu’il n’est pas hétérosexuel. Donc, la diversité peut vraiment être comprise dans beaucoup de sens. J’aimerais encourager les enfants de dire « Je suis différent, je suis qui je suis et j’assume ! » Car de plus en plus, il manque des catégories pour des nouvelles structures identitaires. On essaye toujours de mettre les gens dans des tiroirs des clichés. Or, de moins en moins, des catégories comme la couleur de peau ou la nationalité ont assez d’informations pour décrire les gens et leur identité. Le monde est dynamique, les identités n’ont rien de stable, les identités s’adaptent et changent, ils sont en évolution permanente. Donc, chacun a le droit d’être différent des autres ! Je pense que les enfants comprennent tout ca. Le fait que Ti Jojo n’est pas un être humain aide beaucoup à faire passer le message. Une tomate, c’est vraiment universel ! D’ailleurs, les enfants comprennent vite le message. Car ils connaissent presque tous une sorte de discrimination. Pas toujours à cause d’une différente culture ou d’une couleur de peau différente. Non, aussi à cause d’un comportement qui est différent, d’un handicap ou pleins d’autres aspects que les adultes ne peuvent même pas imaginer, les enfants écartent des « tomates jaunes ». Quand j’ai lu l’histoire du jeune tireur à Winnenden en Allemagne qui a tué 15 personnes, je me suis rendue compte que lui aussi, il était exclut des autres, il n’avait pas d’ami. Donc, c’est indispensable de faire comprendre aux enfants que la tolérance et un comportement plus ouvert sont importants pour bien vivre ensemble. Le monde est beau uniquement en couleurs, n’est-ce pas ?

5. Ti Jojo bientôt en Afrique?

Ah, j’aime beaucoup cette question ! Parce que mon rêve est que les enfants en Afrique aussi fassent la connaissance de Ti Jojo ! L’histoire de Ti Jojo est vraiment universelle, les enfants partout dans ce monde peuvent s’y identifier. Car nous sommes tous des tomates, en fin de compte ! (rires) Mon éditeur est Béninois, il m’a promis de s’occuper de la diffusion du livre aussi en Afrique. D’abord peut-être au Bénin, puis dans d’autres pays. Et qui sait, peut-être, un jour, l’histoire de Ti Jojo sera traduite en swahili, en lingala, en douala ou en wolof. Ca sera vraiment le bonheur pour moi ! D’ailleurs, dans un des futurs épisodes de Ti Jojo, un animal va jouer un rôle qui a de très gros pieds et une trompe. Devinez où cet animal vit ! rires

Achetez TI Jojo

Comments are closed.